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L’histoire secrète de la peinture à l’huile : des origines aux maîtres modernes

L’histoire secrète de la peinture à l’huile : des origines aux maîtres modernes

Temps de lecture : 6 minutes

De la poudre de couleur, de l’huile et du temps. Avec cette recette toute simple, Van Eyck, Vermeer ou Rembrandt ont peint des visages et des étoffes qui paraissent encore vivants des siècles plus tard. Puis, au XIXe siècle, Monet et les impressionnistes l’ont emportée dehors. Voici d’où vient la peinture à l’huile, comment elle fonctionne, et ce que les grands peintres en ont fait.

Un homme et une femme vêtus de rouge et d’or, la main de l’homme posée sur le cœur de la femme.
Rembrandt, La Fiancée juive, vers 1665-1669. Rijksmuseum, Amsterdam.

Deux idées reçues

« C’est Van Eyck qui l’a inventée. » Pas tout à fait. En 2008, une équipe internationale de chercheurs, dont le Getty Conservation Institute et le Centre de recherche et de restauration des musées de France, a analysé les peintures murales des grottes bouddhiques de Bamiyan, en Afghanistan. Certaines, réalisées au milieu du VIIe siècle, contiennent des huiles siccatives, probablement de noix et de pavot. Pour ces chercheurs, c’est le plus ancien exemple clair de peinture à l’huile au monde. En Europe, au XVe siècle, Van Eyck utilise l’huile d’une façon encore jamais vue, d’où sa réputation d’inventeur.

« Les grands maîtres peignaient sur toile. » Longtemps, non. Les peintres travaillent d’abord surtout sur des panneaux de bois ou directement sur les murs. Le Van Eyck que vous verrez plus bas, par exemple, est peint sur bois. La toile ne prend le dessus qu’entre le XVe et le début du XVIIe siècle, et Venise joue un rôle central dans ce changement : dans une ville aussi humide, elle résiste mieux que l’enduit des fresques, et elle coûte moins cher et se transporte plus facilement que le bois.

La peinture à l’huile en six dates

  • VIIe siècle : à Bamiyan, en Afghanistan, les plus anciennes peintures à l’huile connues.
  • XVe siècle : en Flandre, Van Eyck maîtrise les glacis.
  • XVIe siècle : Venise adopte la toile.
  • XVIIe siècle : le Caravage, Vermeer et Rembrandt.
  • 1841 : invention du tube de peinture souple.
  • 1874 : première exposition des impressionnistes, à Paris.

Comment ça marche ?

  • La recette. Des pigments en poudre, broyés finement avec une huile qui durcit à l’air : lin, noix ou œillette (l’huile de pavot).
  • Un séchage très lent. L’huile ne sèche pas simplement : elle absorbe l’oxygène de l’air et durcit peu à peu. Une couche fine est sèche au toucher en 2 à 12 jours selon les couleurs, et les fabricants conseillent d’attendre au moins trois mois avant de vernir un tableau. C’est justement l’atout de l’huile : le peintre a le temps de fondre ses couleurs et de revenir sur son travail.
  • Le « gras sur maigre ». Chaque nouvelle couche doit contenir un peu plus d’huile que celle du dessous. Elle reste ainsi plus souple, et la peinture risque moins de craqueler.
  • Les outils. Des pinceaux doux pour les fondus, des brosses plus raides pour donner de la matière, un couteau pour les reliefs.

Quatre maîtres anciens, quatre façons de l’utiliser

Jan van Eyck : les glacis

La Vierge assise avec l’Enfant, entourée de saint Donatien, de saint Georges en armure et du chanoine Van der Paele agenouillé.
Jan van Eyck, La Vierge du chanoine Van der Paele, 1436. Groeningemuseum, Bruges.

Van Eyck superpose de fines couches de peinture translucides, les glacis. Chacune laisse passer la lumière, ce qui donne aux couleurs leur profondeur. Regardez le bouclier de saint Georges : un petit homme au chapeau rouge s’y reflète. C’est peut-être le peintre lui-même.

Le Caravage : le clair-obscur

Un jeune musicien joue du luth devant une table couverte de fleurs, de fruits et de partitions, sur un fond sombre.
Le Caravage, Le Joueur de luth, vers 1596. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg.

Un fond sombre, une lumière qui arrive de côté et modèle le visage : c’est le clair-obscur. Le séchage lent de l’huile laisse le temps de fondre en douceur le passage de l’ombre à la lumière.

Johannes Vermeer : la lumière du jour

Une jeune femme lit une lettre devant une fenêtre ouverte ; au mur derrière elle, un tableau représentant Cupidon.
Johannes Vermeer, La Liseuse à la fenêtre, vers 1657-1659. Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde.

Une fenêtre ouverte, une lettre, une lumière douce. Pendant des siècles, le mur du fond est resté vide. Des analyses ont montré qu’un tableau de Cupidon y avait été recouvert par une autre main, des décennies après la mort de Vermeer. Après une restauration commencée en 2017, le Cupidon est réapparu en 2021.

Rembrandt : l’empâtement

Gros plan sur la manche dorée de l’homme, peinte en couches épaisses, et sur les mains du couple.
Rembrandt, La Fiancée juive (détail), vers 1665-1669. Rijksmuseum, Amsterdam.

Ici, la peinture est épaisse. Rembrandt la pose en couches denses, puis la griffe avec le manche de son pinceau. En 1885, Van Gogh découvre le tableau au Rijksmuseum et en parle avec passion dans une lettre à son frère Théo. À son ami Anton Kerssemakers, qui l’accompagne ce jour-là, il confie qu’il donnerait volontiers dix ans de sa vie pour rester quinze jours devant, avec une croûte de pain sec pour seule nourriture.

1841 : la peinture sort de l’atelier

En 1841, l’Américain John Goffe Rand invente le tube de peinture souple. Les artistes peuvent enfin emporter leurs couleurs dehors, et le tube a une influence considérable sur l’impressionnisme. Il n’explique pas tout, mais Renoir l’aurait résumé ainsi :

Deux visions de la peinture au XIXe siècle

Alexandre Cabanel : le fini lisse

Vénus allongée sur les vagues, entourée de petits anges qui volent au-dessus d’elle.
Alexandre Cabanel, Naissance de Vénus, 1863. Musée d’Orsay, Paris.

Au Salon de 1863, la grande exposition officielle de l’époque, la Vénus de Cabanel est l’un des grands succès. Napoléon III l’achète pour sa collection personnelle. La peinture est lisse, la palette pâle, presque nacrée : c’est la tradition académique. L’écrivain Émile Zola, lui, s’en moque et la compare à « une sorte de pâte d’amande blanche et rose ».

Claude Monet : la touche visible

Un port dans la brume bleue du matin, avec une petite barque au premier plan et un soleil orange qui se reflète dans l’eau.
Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872. Musée Marmottan Monet, Paris.

Ici, tout l’inverse. Monet peint le port du Havre à l’aube, depuis la fenêtre de son hôtel, en quelques heures seulement. Grues, cheminées et mâts se noient dans la brume, et le soleil orange est ajouté à la fin. Le public est surpris par la liberté de la touche : Monet cherche à saisir l’atmosphère d’un moment, une « impression », plutôt qu’à décrire chaque détail.

En 1874, il expose le tableau lors de la première exposition du groupe, dans l’ancien atelier du photographe Nadar. Le critique Louis Leroy s’en moque dans le journal Le Charivari, sous le titre « L’exposition des impressionnistes ». Le nom, d’abord moqueur, est resté.

Et aujourd’hui ?

Près de deux siècles après l’invention du tube, l’huile n’a rien d’une technique de musée. Jenny Saville, considérée comme l’une des grandes peintres du corps humain aujourd’hui, travaille toujours à l’huile sur toile. Et les tableaux de cet article, eux, se visitent toujours : à Bruges, Saint-Pétersbourg, Dresde, Amsterdam et Paris.

Envie d’aller plus loin ?

  • Voir en vrai, à Genève. En 1444, Konrad Witz peint un retable pour la cathédrale Saint-Pierre. Ses volets sont aujourd’hui au Musée d’art et d’histoire. Sur La Pêche miraculeuse, les pêcheurs sont devant la rade de Genève : on le présente comme le premier paysage réel de la peinture occidentale.
  • Regarder de près. La Fiancée juive est dans le domaine public : on peut télécharger l’image gratuitement sur le site du Rijksmuseum et observer la matière de près.
  • Essayer. Les huiles diluables à l’eau, vendues dans les magasins de beaux-arts, permettent de commencer chez soi, sans solvant.

Crédits des images : Rembrandt, La Fiancée juive, Rijksmuseum (domaine public) ; Jan van Eyck, Le Caravage, Johannes Vermeer, Alexandre Cabanel et Claude Monet : Wikimedia Commons (domaine public).

Cet article a été rédigé avec l’aide de Claude, une intelligence artificielle, et toutes les informations ont été vérifiées auprès des sources citées en lien.